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Nastassja

«Je n'aurais jamais accepté d'imposer à Aljosha, Sonja et Kenya la difficile vie de nomade que j'ai connue avec ma mère entre Munich, Rome, Caracas et Istanbul»

PAR HENRY-JEAN SERVAT

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«J'ai passé toute ma vie à voyager. J'ai passé toute mon enfance à changer d'école et à ne jamais pouvoir m'attacher à qui que ce soit. Aussi, maintenant, j'aime être où je suis, je ne souhaite plus bouger et je veux rester avec mes enfants.» Depuis quinze années qu'elle avait quitté l'Europe pour l'amérique, au beau milieu des années 80, en pleine gloire, sans tapage et comme sur la pointe des pieds, Nastassja Kinski n'en bougeait plus comme pour mieux s'y enraciner.

«Il fut un temps où je n'avais quasiment pas de personnalité propre, pas d'identité. Je pensais que je ne valais rien ou, plus exactement, que je n'étais rien. J'avais , en fait, une folle envie d'être aimée et d'être acceptée de tous. Parce que j'avais toujours vécu déboussolée et sans famille. Aujourd'hui grâce à mes enfants, j'arrive enfin à me retrouver. Ils sont toute ma vie et ils m'ont aidée à me reconstituer.» Partie pour Los Angeles, Nastassja s'était donc installée dans une grande maison du quartier de Bel-Air. Elle y vit heureuse avec ses trois enfants et son charme et sa douceur viennent de rencontrer un rôle douloureux taillé pour elle et pour le petit écran. Dans «Les liaisons dangereuses» de Joseé Dayan, Nastassja Kinski incarne la chaste et lumineuse Marie Tourvel. Après Annette Stroyberg chez Roger Vadim, Michelle Pfeiffer chez Stephen Frears et Meg Tilly chez Milos Forman. «Après avoir vu les actrices m'ayant précédée, je me disais : "Mais qu'est-ce que je vais pouvoir faire d'autre ?" Et je paniquais, même si la caméra me fait moins peur qu'auparavant.» Nastassja revenait travailler en France, où elle n'avait pas séjourné depuis quinze ans. «Je n'ai pas voulu, ces dernières années, m'eloigner de chez moi car je souhaitais années, m'occuper de mes enfants. Je n'avais pas envie, je n'ai toujours pas plus envie, maintenant, de me séparer d'eux, même brièvement. J'ai souvent reçu des propositions pour tourner au Canada et en France, mais je trouvais toujours que c'était trop loin de chez moi, aussi je les refusais. Maintenant, je n'aime plus voyager. Aujourd'hui, j'ai une conception de la vie différente d'hier. Mes enfants passent avant tout et j'accepte de faire des sacrifices car je sais ce qui est le plus important pour moi.»

Lorsqu'elle a reçu la proposition de Josée Dayan pour « Les liaisons dangereuses », la fougue de la réalisatrice la persuada. « En fait, c'est surtout à elle que j'ai dit oui ! » Nastassja a joué son personnage en pensant à sa mère. « Je me rappelle d'elle à la fin des années 60. C'était une femme que la passion emportait sans cesse et je lui suis reconnaissante de m'avoir fait comprendre l'importance des sentiments intérieurs et le danger de l'amour. » Nastassja demanda à amener ses deux filles avec elle, le garçon, l'aîné, Aljosha, musicien de 19 ans, restant sur la côte Pacifique avec son orchestre. Sonja, 17 ans, qui souhaite devenir actrice et dont le papa est le producteur égyptien Ibrahim Moussa, et Kenya, 10 ans. dont le papa est le mmusicien américain Quincy Jones, ont ainsi suivi leur mère, de lieu de tournage en lieu de tournage, de l'Ecosse à Saint-Tropez. Déjà, il y a cinq ans, pendant la mise en boîte de « The Lost Son » de Chris Menges avec Daniel Auteuil, où elle avait amené sa petite dernière que surveillait la nounou américaine, Nastassja comptait les jours - dix en tout - la séparant de ses deux aînés, restés en Californie. « J'ai Dans "Tess", la scène où l'héroïne a un enfant est ma préférée. A 13 ans, lorsque j'ai rencontré mon premier amour, je pensais déjà à devenir maman. Etre mère reste le plus beau cadeau que le ciel m'ait fait et je ne conçois pas de ne pas vivre avec mes enfants à mes côtés. » Pour les garder et les élever, elle s'est battue, allant jusqu'au procès contre le père des deux aînés, qui en réclamait la garde et qui perdit sa cause devant le tribunal de Los Angeles.

Effrayée à l'idée d'avoir à quitter les siens pour trois longs mois de travail en Europe, Nastassja partit donc de chez elle avec ses filles chéries. Le producteur Jean-Luc Azoulay demanda à l'informaticien de sa société de production de mettre une installation spéciale à la disposition des enfants de son actrice et de leur aménager des connexions aisées avec Internet pour qu'elles puissent poursuivre leur études. Face à des écrans d'ordinateur, d'un endroit de l'Europe à l'autre , les deux filles que leur mère ne voulait pas voir traîner sur le plateau ont donc pu, même pendant les vacances scolaires, suivre quotidiennement leurs cours et terminer leurs devoirs de classe. Et Nastassja, avec sa peau de lait et sa voix de velours, a fait la conquête de l'equipe, qui l'adorait. Elle sait qu'au-delà de «Tess», de «Coup de coeur» de «Paris, Texas», de «Maria's Lovers» et de «La féline», elle n'a pas tourné que des oeuvres inoubliables. «J'ai toujours eu besoin de travailler, et ce n'est pas évident d'être responsable de trois enfants quand sa vie professionnelle est faite de hauts et de bas. D'autant plus que j'ai gardé en mémoire le souvenir de temps difficiles que j'ai connus avec ma mère lorsque, abandonnées par mon père, nous dûmes vendre tout ce que nous possédions et vivre en nomades entre Munich, Rome, Caracas, Istanbul et Bruxelles.» En raison de son enfance doublement volée (elle débuta à l'ecran en jouant, à 13 ans, une jongleuse muette dans « Faux mouvement », de Wim Wenders), elle ne rêve que d'une famille recomposée et d'amitiés retrouvées. Si elle est, aujourd'hui, très heureuse de vivre aux Etats-Unis, pays cosmopolite, alors qu'elle se sent citoyenne du monde et qu'elle parle cinq langues, la France fait partie de sa vie passée. «J'ai éprouvé beaucoup de plaisir à la retrouver mais, maintenant, moi qui ai voyagé toute ma vie, je suis enracinée ailleurs. Cependant, je ne dis pas que je ne reviendrai pas, un jour, plus tard, en Europe.» Elle se réjouit toujours des retrouvailles avec la France, mais pas autant que de son désir proclamé de devenir centenaire afin de profiter le plus longtemps possible de se enfants, de ses petit-enfants et de ses arrière-petits-enfants. «Rien n'est plus précieux qu'une famille.»