Pourquoi l'envie de faire cette photo ?
D'abord il s'agissait de photographier Sonja, la fille de Nastassja et je connais Nastassja depuis très longtemps, c'est une vielle amie. Et puis j'ai une relation assez longue avec le magazine Photo, ils ont déjà fait deux numéros spéciaux sur moi. Ce qui m'a également séduit était l'idée d'une photo anniversaire en hommage à Avedon. Nous tous, photographes, avons été énormément influencés par lui. Il fait partie de ces gens, comme Cartier-Bresson, que nous ne pouvons pas ne pas aimer ou admirer, une figure essentielle de l'histoire de la photographie. En outre, j'ai la chance de le connaître très bien personnellement. Avedon lui-même m'a dit qu'il aimait mes images, ce qui est un énorme compliment. J'avais donc toutes les bonnes raisons d'accepter.
Qu'est-ce que vous admirez chez Avedon ?
J'aime beaucoup ses images de l'Ouest américain pour leur caractère cru. De manière générale, j'aime particulièrement ses photos qui ne sont pas totalement contrôlées et dirigées. En terme de contrôle, j'admire surtout celui dont il fait preuve dans un studio. Car Avedon est un vrai modèle à suivre. Il n'utilise jamais beaucoup de matériel, son art repose essentiellement sur la communication avec ses sujets. Il est l'exemple vivant qu'on n'a pas besoin de grand-chose pour faire une photo magnifique.
Pourquoi pensez-vous que cette photo de Nastassja avec le serpent est-elle devenue tellement importante ?
C'est une représentation parfaite de la femme-enfant. Nastassja, nous inspirait beaucopup à l'époque, nous les photographes, parce qu'elle a cette qualité enfantine dont tut homme rêve, même aujourd'hui alors qu'elle est devenue mère, elle a gardé ce côté enfantin. Elle est magnifique.
Et Sonja ?
Je connais Sonja depuis qu'elle est petite fille. Quand nous avions notre maison à Bel Air, elle venait à la maison grimper sur les arbres. Cela faisait cinq ans que je ne l'avais pas vue. Cela fait drôle de la voir aujourd'hui. Quel changement ! Elle est presque l'inverse de sa mère. Nastassja ne tenait jamais en place pendant une session, elle bougeait tout le temps. Sonja, elle, est incroyablement posée, elle ne bouge pas et a une incroyable confiance en elle. Autant sa mère est une femme-enfant, autant Sonja, elle est une enfant-femme, elle exprime déjà une incroyble maturité.
Et le serpent pour vous, cela représente quoi ?
Bien sûr, le serpent, est une référence à la Bible. C'est l'histoire d'Adam et Eve. Si vous regardez attentivement les photos de Nastassja avec le serpent, le serpent lui-même devient un vrai sex-symbol, il est beau et intrigant. Cela tient aussi au fait que le serpent est un animal à sang froid qui est attiré par la chaleur humaine. Mais pour moi, qui aime et respecte énormément les animaux, il a également une véritable signfication au sein du monde animal. Il se nourrit des animaux inutiles qui n'ont pas de défense naturelle, comme les rats et les souris. Si vous pouvez être garanti que vous n'aurez pas de souris. Le serpent a une vraie fonction, pas comme le paon, qui se contente de faire joli.
Pourquoi le faucon ?
Le serpent représente la peur, la tentation, la perversité tandis que le faucon représente la force, l'indépendance et la liberté. On dit toujours libre comme l'oiseau... J'aime ce contraste.
Vous gardez une diversité incroyable dans votre travail, de la photo de mode au photojurnalisme en passant par le portrait de célébrités...
Beaucoup de photographes font l'erreur ou, en tout cas, le choix de se spécialiser. Ce choix implique le risque de commencer à s'essouffler et de fatiguer son public, cela revient è poser une date limite de consommation à votre propre carrière. Varier les genres de photographies m'a permis de n'être jamais considéré comme un «has been». Aujourd'hui je shoote encore pour des magazines comme Arena et le Vogue Italie qui a été mon premier client. En outre, comme ça, j'arrive à servir les besoins de clients très différents et à élargir ma clientèle. C'est magnifique d'avoir l'opportunité de ne jamais être oublié. L'année prochaine je vais fêter mes vingt-cinq ans de carrière. Vingt-cinq ans, cela ne représente qu'un quart de carrière, non ? Il me reste 75 ans à tenir ! (Rires.)
Quels sont vos projets ?
J'en ai beaucoup. Je travaille sur plusieurs livres dont l'un s'appellera «Public Comte», qui rassemblera tout ce dont j'ai été le témoin dans un contexte public, cela va des Oscars à Cannes en passant par une exécution capitale et les guerres. Ce sera un très gros livre. Je travaille aussi sur un livre de nus, un livre de portraits ainsi qu'un autre qui s'appellera «Pola Comte». Mais mon plus gros projet du moment est un parfum, Michel Comte Walters, qui devrait sortir en décembre. Cela fait dix ans que je travaille avec une fondation sur la question environnementale de l'eau. Une grosse partie des bénéfices des ventes de ce parfum contribuera à protéger les sources d'eau de la planète. Nous travaillons également à la sortie d'une bouteille révolutionnaire qui purifie l'eau d'elle-même sans addition de composants chimiques. Cette question de la pénurie d'eau est, pour moi, une question très importante.
Vous êtes un photographe engagé ?
Certes, la photographie est un mode d'apparences mais son rôle premier est de transformer le négatif en positif. Les images ont le pouvoir incroyable de toucher la vie des gens. Qu'il s'agisse d'une image de beauté, elles ont la capacité de marquer et d'émouvoir. Les images ont en elles-mêmes une valeur d'engagement. Et quand on devient grand photographe, on acquiert une sorte de statut de célébrité qui peut aider à transformer ce mode des apparences en réalité. Il y a quatre ans, un jeune garçon, gravement malade, m'a demandé de le photographier. C'était atteint d'une maladie du système immunitaire. Avec Elton John, que ce garçon rêvait aussi de rencontrer, on a réussi à organiser un concert à Zurich pour recueillir des fonds et aider à trouver une cure. Aujourd'hui, ce garçon est encore en vie.